Lecturesjude on 04 sept 2007 10:02
“M. Cotte était l’homme de la nuance ; c’est sans doute pour cette raison qu’il avait des responsabilités importantes en politique. Il partit alors dans un long monologue sur la portée symbolique de cette immense bibliothèque rassemblant des ouvrages de tous les pays et dans toutes les langues. A l’entendre, c’était un espoir pour l’humanité. En tous cas, il avait déjà ses arguments de promotion.” (p.47)
” C’est le téléphone, et notamment le portable, qui a définitivement assassiné la pratique de la correspondance. Je pense souvent à ces femmes qui vivaient dans l’espérance, sur le gage d’une seule lettre d’amour, quand l’autre, par exemple, partait à la guerre. Les mots avaient alors une force redoutable puisqu’ils décidaient des vies. On attendait, et on faisait confiance même sans nouvelle de l’autre pendant des périodes infinies. Aujourd’hui, on commence à paniquer dès qu’on ne parvient pas à le joindre sur son portable. Que fait-il ? Ppourquoi ne répond-elle pas ? Avec qui est-il ? L’angoisse a gagné du terrain. Nous sommes entrés dans une période sans retour qui signe la fin de l’attente, c’est-à-dire de la confiance et du silence.” (p.51)
“J’avais par exemple remarqué qu’il était plutôt rare que les gens abandonnent cette attitude faussement détachée et ironique qui les protège si bien du monde. Tout ce qui est exprimé, aujourd’hui, ne peut l’être que par le filtre déformant de la petite distance et de l’humour - non pas l’humour en réalité, mais la blague, la dérision, le stock de vannes sans chair. Tout est devenu prétexte à rire, mais à rire bêtement et grassement. Les uns loin des autres, c’est-à-dire, finalement, les uns aux dépens des autres. Un être pensant et ressentant par lui-même ne pourra jamais participer à l’euphorie sans joie du monde. C’est ce qui signe la fin de la conversation entre les êtres et donc, d’une certaine façon, le règne de la solitude.” (p.86)
“Il s’en voulait sans doute d’avoir trop parlé. Les confidences sont toujours des aveux de faiblesse. Dans l’ascenseur, il me reprocha d’ailleurs de ne jamais parler de moi.” (pp. 115-116)