Pascal Fioretto : Et si c’était niais ?
Le soir, diner avec Pierre-Olivier F. Quand je suis arrivé, il m’attendait déjà à notre table habituelle au Chien de ma chienne, estaminet où Simone sert depuis des lustres les mêmes impeccables andouilles.
Pascal Fioretto : Et si c’était niais ?
Le soir, diner avec Pierre-Olivier F. Quand je suis arrivé, il m’attendait déjà à notre table habituelle au Chien de ma chienne, estaminet où Simone sert depuis des lustres les mêmes impeccables andouilles.
“- Antinéa ne peut être qu’un nom propre, dit Morhange. (…) Son étymologie ? Il n’y en a pas une, il y en a trente possibles. Songez bien que l’alphabet tifinar est loin de cadrer avec l’alphabet grec, ce qui multiplie les hypothèses. Voulez-vous que je vous en soumette quelques-unes ?
- J’allais vous en prier.
- Eh bien, il y a d’abord “anti” et “naus”, la femme qui est placée en face du vaisseau (…). Ceci s’appliquerait assez aux figures sculptées à l’avant des navires. (…). Il y a ensuite “antinea”, qu’il faudrait rattacher à “anti” et “naos”, celle qui se tient devant le “naos”, le “naos”du temple, celle qui est en face du sanctuaire, la prêtresse par conséquent. (…). Il y a ensuite “antinea”, de “anti” et “neos”, neuf, ce qui peut signifier deux choses : ou celle qui est le contraire de jeune, c’est-à-dire vieille; ou celle qui est l’ennemie de la nouveauté, ou l’ennemie de la jeunesse.
Il y a encore un autre sens de “anti”, en échange de, qui survient à propos pour compliquer les possibilités ci-dessus; il y également quatre sens au verbe neo qui signifie tour à tour aller, couler, filer ou tisser, amonceler.”
“Mais un panneau, entrouvert dans la muraille, laissait apercevoir une bibliothèque bondée de livres. Aux murs était accrochée toute une série de photographies représentant les chefs-d’oeuvre de l’art antique. Il y avait enfin une table qui disparaissait sous un invraisemblable amoncellement de papiers, brochures, de livres. ”
“Le mot Antinéa se décompose de la façon suivante : ti n’est autre chose qu’une immixtion barbare dans ce nom essentiellement grec : Ti est l’article féminin berbère. (…) En l’espèce, tinea signifie la nouvelle, de ti et de nea.
- Et le préfixe an ? interrogea Morhange.
- (…) Il est certain que le préfixe an, en lui-même, n’a pas de signification. Vous comprendrez qu’il en a une, lorsque je vous aurai dit qu’il y a là un cas très curieux d’apocope. Ce n’est pas an qu’il faut lire, c’est atlan. Atl est tombé, par apocope; an a subsisté. En résumé, Antinea se compose de la manière suivante : Ti - nea - atl’an. Et sa signification, la nouvelle Atlante, sort éblouissante de cette démonstration.”
“Pour la première fois, Antinéa aimait.”
André et Michèle Bonnery : Les deux visages de Janus
A qui de droit…
“Depuis qu’il était à Thabraca, il se sentait apaisé. Des souvenirs d’enfance affluaient dans sa mémoire : les courses sur la plage, les plongeons entre amis dans l’eau limpide et fraîche, depuis les rochers du cap qui clôturait la baie sur sa gauche, les concours de nage jusqu’à l’île, la pêche aux oursins, les promenades en forêt à la recherche des champignons, les oeillades aux filles à travers les grilles des jardins, les leçons de grammaire et de chant à l’école de la cathédrale, l’odeur du jasmin enivrante…”
“Il était passé par Abitinae et Bulla Regia, une belle ville remplie de monuments grandioses.”
Cicéron : “Une pièce sans livres, c’est comme un corps sans âme.”
Tiré de quelle oeuvre ?
Antoine de Saint Exupéry : Le Petit Prince
Il y a de ces lectures qui vous font toujours du bien…
“Je demande pardon aux enfants d’avoir dédié ce livre à une grande personne.”
Un point sur la panique financière du moment :
“La quatrième planète était celle du businessman. Cet homme était si occupé qu’il ne leva même pas la tête à l’arrivée du petit prince.
- Bonjour, lui dit celui-ci. Votre cigarette est éteinte.
- Trois et deux font cinq. Cinq et sept douze. Douze et trois quinze. Bonjour. Quinze et sept vingt-deux. Vingt-deux et six vingt-huit. Pas le temps de la rallumer. Vingt-six et cinq trente et un. Ouf! Ça fait donc cinq cent un millions six cent vingt-deux mille sept cent trente et un.
- Cinq cents millions de quoi ?
- Hein? Tu es toujours là ? Cinq cent un millions de… je ne sais plus… J’ai tellement de travail ! Je suis sérieux, moi, je ne m’amuse pas à des balivernes ! Deux et cinq sept…
- Cinq cent un millions de quoi, répéta le petit prince qui jamais de sa vie, n’avait renoncé à une question, une fois qu’il l’avait posée.
Le businessman leva la tête :
- Depuis cinquante-quatre ans que j’habite cette planète-ci, je n’ai été dérangé que trois fois. La première fois ç’a été, il y a vingt-deux ans, par un hanneton qui était tombé Dieu sait d’où. Il répandait un bruit épouvantable, et j’ai fait quatre erreurs dans une addition. La seconde fois ç’a été, il y a onze ans, par une crise de rhumatisme. Je manque d’exercice. Je n’ai pas le temps de flâner. Je suis sérieux, moi. La troisième fois… la voici ! Je disais donc cinq cent un millions…
- Millions de quoi ?
Le businessman comprit qu’il n’était point d’espoir de paix :
- Millions de ces petites choses que l’on voit quelquefois dans le ciel.
- Des mouches ?
- Mais non, des petites choses qui brillent.
- Des abeilles ?
- Mais non. Des petites choses dorées qui font rêvasser les fainéants. Mais je suis sérieux, moi ! Je n’ai pas le temps de rêvasser.
- Ah! des étoiles ?
- C’est bien ça. Des étoiles.
- Et que fais-tu de cinq cents millions d’étoiles ?
- Cinq cent un millions six cent vingt-deux mille sept cent trente et un. Je suis sérieux, moi, je suis précis.
- Et que fais-tu de ces étoiles ?
- Ce que j’en fais ?
- Oui.
- Rien. Je les possède.
- Tu possèdes les étoiles ?
- Oui.
- Mais j’ai déjà vu un roi qui…
- Les rois ne possèdent pas. Ils règnent
sur. C’est très différent.
- Et à quoi cela te sert-il de posséder les étoiles ?
- Ça me sert à être riche.
- Et à quoi cela te sert-il d’être riche ?
- A acheter d’autres étoiles, si quelqu’un en trouve.
Celui-là, se dit en lui-même le petit prince, il raisonne un peu comme mon ivrogne.
Cependant il posa encore des questions :
- Comment peut-on posséder les étoiles ?
- A qui sont-elles ? riposta, grincheux, le businessman.
- Je ne sais pas. A personne.
- Alors elles sont à moi, car j’y ai pensé le premier.
- Ça suffit ?
- Bien sûr. Quand tu trouves un diamant qui n’est à personne, il est à toi. Quand tu trouves une île qui n’est à personne, elle est à toi. Quand tu as une idée le premier, tu la fais breveter : elle est à toi. Et moi je possède les étoiles, puisque jamais personne avant moi n’a songé à les posséder.
- Ça c’est vrai, dit le petit prince. Et qu’en fais-tu ?
- Je les gère. Je les compte et je les recompte, dit le businessman. C’est difficile. Mais je suis un homme sérieux !
Le petit prince n’était pas satisfait encore.
- Moi, si je possède un foulard, je puis le mettre autour de mon cou et l’emporter. Moi, si je possède une fleur, je puis cueillir ma fleur et l’emporter. Mais tu ne peux pas cueillir les étoiles !
- Non, mais je puis les placer en banque.
- Qu’est-ce que ça veut dire ?
- Ça veut dire que j’écris sur un petit papier le nombre de mes étoiles. Et puis j’enferme à clef ce papier-là dans un tiroir.
- Et c’est tout ?
- Ça suffit !
C’est amusant, pensa le petit prince. C’est assez poétique. Mais ce n’est pas très sérieux.
Le petit prince avait sur les choses sérieuses des idées très différentes des idées des grandes personnes.
- Moi, dit-il encore, je possède une fleur que j’arrose tous les jours. Je possède trois volcans que je ramone toutes les semaines. Car je ramone aussi celui qui est éteint. On ne sait jamais. C’est utile à mes volcans, et c’est utile à ma fleur, que je les possède. Mais tu n’es pas utile aux étoiles…
Le businessman ouvrit la bouche mais ne trouva rien à répondre, et le petit prince s’en fut.
Les grandes personnes sont décidément tout à fait extraordinaires, se disait-il simplement en lui-même durant le voyage.”
Et puis :
Non, dit le petit prince. Je cherche des amis. Qu’est-ce que signifie apprivoiser
?
- C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie créer des liens…
- Créer des liens ?
- Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde…