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Bertina Henrichs : La Joueuse d’Echecs
“Le restaurateur possédait un troisième oiseau auquel il offrait la même vie en plein air et qu’il traitait avec autant de soin, mais qui se refusait à chanter. L’Arménien avait commis l’erreur de l’appeler Tarzan ce qui avait peut-être perturbé sa perception du monde.”
“Par goût ou par paresse, il ne voyait plus grand monde. La solitude assumée, c’est la liberté, avait-il décrété.”
“L’univers des soixante-quatre cases exigeait une soumission totale.”
Pascal Mercier : Train de nuit pour Lisbonne
“Il aimait les phrases latines parce qu’elles portaient en elles la paix de tout un monde passé. Parce qu’elles ne vous forçaient pas à en dire quelque chose. Parce qu’elles étaient langue, au-delà du verbiage. Et parce que dans leur immuabilité, elles étaient belles. ”
“Si l’on ne peut pas prendre les gens au mot : que doit-on faire de leurs paroles ?”
“Je t’ai aimé lisant, je t’ai beaucoup aimé. Même si tu me semblais inquiétant dans ta dévorante fureur de lire.“ (…)
” (…) Ces deux hommes, le père et le fils, avaient habité sur des collines qui se faisaient face dans la ville comme des adversaires d’un drame antique, unis dans une peur archaïque l’un de l’autre et dans une affection pour laquelle ils ne trouvaient pas de mots, et ils s’étaient écrits des lettres qu’ils n’osèrent pas s’envoyer. Soudés l’un à l’autre dans un mutisme qu’ils ne comprenaient pas, et aveugles devant le fait que l’un des mutismes engendrait l’autre.”
“N’est-ce pas fou ? dit-elle. Ce mutisme. L’éducation sentimentale, comme Amadeu avait l’habitude de le dire, devrait avant tout nous initier dans l’art de dévoiler nos sentiments, et nous enseigner que les sentiments s’enrichissent grâce aux paroles.”
“Quand les autres nous poussent à nous mettre en colère contre eux - contre leur effronterie, leur injustice, leur grossiereté -, alors ils exercent un pouvoir sur nous, ils pullulent dans notre âme et la rongent, car la colère est comme un venin brûlant qui décompose tous les sentiments doux, nobles et pondérés et nous ôte le sommeil. Incapables de dormir, nous allumons la lumière et nous mettons en colère contre la colère qui s’est logée en nous comme un parasite ravageur, nous suce le sang et nous épuise. Nous ne sommes pas seulement furieux à cause des dommages subis, mais aussi parce que la colère se déploie toute seule en nous, car tandis que nou sommes assis au bord de notre lit, les tempes douloureuses, sa force désagrégeante, dont nous sommes la victime, épargne celui qui au loin en est la cause. Sur notre scène intérieure déserte, plongés dans la lumière criarde de notre fureur muette, nous jouons pour nous seuls un drame dont les personnages sont des ombres, et des ombres aussi les mots que nous lançons à des ombres d’ennemis, en une rage désespérée que nous sentons dans nos entrailles comme un feu à la brûlure glacée. (…)
Nous pouvons être certains que, sur notre lit de mort, nous inclurons dans notre dernier bilan - et cette partie aura le goût amer du cyanure -, que nous avons gaspillé trop, beaucoup trop de force et de temps à nous mettre en colère et à rendre coup pour coup à l’autre en un inopérant théâtre d’ombres dont nous seuls, qui le subissions impuissants, connaissions l’existence.”